Pensées I

Une brise légère
Le soleil est beau
La solitude m’emporte
La bouteille s’ouvre
Un vent d’amertume
Une pensée fugace
Une tristesse infinie
Le temps qui s’arrête
Les anges sont tombés
 
Lumière artificielle
Le visage de la colère
La douleur a disparu
Je me suis réveillé
Puis elle était là
Sans dire un mot
Elle souriait
J’étais sauvé
Je le savais
 
Les années ont passé
Le temps a accéléré
Je porte un masque
Je chante parmi les anges
Les chaines sont lourdes
La peur ne m’a plus quitté
Elle n’est plus là
Je ne peux plus parler
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Protégé : Regrets

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La « circulaire Taubira » et la mauvaise foi de l’opposition

DroitC’était prévisible. Les premières heures de l’examen à l’Assemblée nationale du projet de loi portant mariage entre personnes de même sexe et filiation sont le théâtre de discussions houleuses, pour ne pas dire violentes entre les députés de la majorité et ceux de l’opposition. Ces derniers, principalement issus des rangs de l’UMP et visiblement à court d’arguments scientifiques ou juridiques, se perdent en invocations oiseuses, concernant la « Nature », la psychiatrie ou l’avenir de la civilisation. Outre les véritables injures et déclarations de haine qui sont proférées à l’encontre des homosexuel(le)s et de leurs enfants (on aurait à ce sujet du mal à départager Jean-François Copé, Bernard Accoyer ou Laurent Wauquiez tant ils rivalisent pour repousser les limites de l’ignominie), les opposants ont trouvé une nouvelle voie leur permettant d’entrainer la représentation nationale dans des débats à pure vocation dilatoire. En effet, reprenant en cœur l’argument que le mariage des homosexuel(le)s serait la porte ouverte à la procréation médicalement assistée et, par suite, la gestation pour autrui, ils croient pouvoir faire fléchir le gouvernement en attaquant frontalement la garde des Sceaux Christiane Taubira sur une circulaire issue de son cabinet et signée en fin de semaine dernière.

Quel est donc le contenu de cette circulaire du 25 janvier 2013 qui pose tant de soucis à l’opposition ? En résumé, elle procède à un rappel à l’ordre des greffiers en chef des tribunaux d’instance, qui sont seuls qualités « pour délivrer un certificat de nationalité française (CNF) à toute personne justifiant qu’elle a cette nationalité » (article 31 du Code civil), et qui pour certains ont tendance à refuser la délivrance de ce certificat lorsqu’ils soupçonnent (ou lorsqu’il est avéré) que l’enfant est issu d’une convention de GPA. La circulaire dispose donc simplement, à juste titre, que seules les dispositions de l’article 47 du Code civil doivent s’appliquer pour la délivrance de ce certificat : « Tout acte de l’état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d’autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l’acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. » Cela signifie simplement que lorsque la filiation est établie de manière légale et régulière par les officiers de l’état civil de l’Etat étranger, le greffier en chef du tribunal d’instance français n’a pas à rechercher si la conception de l’enfant à pour origine une convention de GPA et doit délivrer le CNF.

La solution relève presque de l’évidence. La GPA est interdite en France par l‘article 16-7 du Code civil (« Toute convention portant sur la procréation ou la gestation pour le compte d’autrui est nulle »), sans pour autant sanctionner les couples et la femme acceptant de porter leur enfant. Est seulement punie d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende en vertu des alinéas 2 et 3 de l’article L227-12 du Code pénal tout personne s’entremettant entre le couple et la mère porteuse. Ce faisant, les couples français désirant procéder à ce genre de convention y ont généralement recours soit dans des pays ne l’interdisant pas (par exemple en Belgique ou aux Pays-Bas), soit dans des pays l’ayant légalisée (par exemple le Royaume-Uni). Mais il est un principe classique en droit international privé qui dispose que les ressortissants se trouvant sur le territoire d’un Etat étranger se voient soumis au droit de cet Etat. Donc, ce qui est illégal en France n’est pas forcément illégal dans un autre Etat et l’illégalité de la GPA en droit français ne peut s’étendre au droit des pays l’autorisant et qui établissent un acte d’état civil légal reconnaissant le lien de filiation de l’enfant avec un français. De ce fait, l’enfant obtient automatiquement la nationalité française par « droit du sang », l’article 47 du Code civil se bornant à imposer à l’autorité judicaire de délivrer un certificat de nationalité, sauf en cas de fraude avérée.

La circulaire ne change donc rien à l’état du droit existant. Les cris d’orfraie de l’opposition ne sont finalement qu’un exemple de plus de l’absence de caractère sérieux de leur argumentation, d’autant plus qu’il n’est nullement fait mention de la GPA au sein du projet de loi qui est débattu en ce moment. De même, elle ne tend pas à rompre avec la jurisprudence, relativement ubuesque, de la Cour de cassation initiée par sa décision du 17 décembre 2008, qui n’accepte pas la transcription dans les registres de l’état civil français de l’acte de naissance d’un enfant né par GPA, qui reste inscrit uniquement sur les registres de l’état civil de l’Etat étranger, et reçoit seulement la nationalité française sans pour autant être reconnu au sein du livret de famille. Il s’agit d’ailleurs ici d’un vide juridique préjudiciable à l’enfant, que le législateur n’a pas encore le courage de combler.

Dans tous les cas, la circulaire Taubira ne change rien au niveau légal ou réglementaire, et ne cherche qu’à harmoniser la pratique de la délivrance des CNF au sein de tous les tribunaux d’instance. Rappelant les règles du Code civil, elle présente donc un caractère impératif au sens de l’arrêt du Conseil d’Etat du 18 décembre 2002 Mme Duvignières, et a le caractère d’un acte administratif faisant grief et donc susceptible de recours devant la Haute juridiction administrative. Les députés de droite appelant à l’unisson et de manière solennelle la garde des Sceaux à retirer sa circulaire pourraient donc tout à fait intenter un recours devant le Conseil d’Etat au lieu de prolonger inutilement le débat pendant des heures au sein de l’hémicycle. Mais il est évident qu’aucun d’entre eux ne le fera, puisque cette circulaire n’apporte aucune règle nouvelle et aurait donc peu de chance de se voir annulée pour incompétence de la ministre, du fait qu’elle ne dispose d’aucun pouvoir sur cette question en vertu des articles 21 et 34 de la Constitution. La mauvaise foi de l’opposition est une nouvelle fois éclatante, et ne fait que la décrédibiliser un peu plus au sein d’un débat qu’elle ne cesse de réclamer, mais qu’elle refuse par tous les prétextes, y compris les plus fallacieux.

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Tyger, de Guilherme Marcondes

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Garder espoir

Par ces temps d’homophobie galopante, relayée par des médias avides d’affrontements et de drames, il est difficile de résister à la déprime et au découragement. Les messages de haine, de plus en plus directs et non-dissimulés depuis la manifestation du 13 janvier dernier, gangrènent les réseaux sociaux, les commentaires d’articles, les forums, etc. On assiste à ce qu’on essaie de faire passer pour un « débat », avec donc les partisans et les opposants au mariage ouvert aux couples de même sexe. Les arguments ridicules, les extrapolations insultantes, sont devenus les psalmodies des prophètes de malheur qui s’en donnent à coeur joie pour stigmatiser à la fois les homosexuel(le)s ET leurs enfants.

Outre les exagérations aussi nauséabondes que classiques concernant l’inceste, la polygamie et la zoophilie (peut-être d’ailleurs est-ce là leurs propres fantasmes enfouis, qui sait ?), ils en viennent donc à prendre en otage les enfants sous prétexte de les défendre. En effet, dans leurs délires ne réposant que sur leurs propres chimères et phobies, les enfants  seraient littéralement les victimes des homosexuel(le)s, qui au fond les considèrent comme « des animaux de compagnie » (B. Gollnisch), des sortes de jouets dont ils réclament l’adoption pour satisfaire leur « désir égoïste ». On pourrait alors leur retourner le compliment à ces hétérosexuel(le)s, leur demander si leurs propres enfants ne proviennent pas d’un désir fondamentalement égoïste, ou leur demander si leurs enfants étaient vraiment désirés ou sont en grande partie les résultats d’ « accidents »… Mais ce serait tomber dans la même ignominie.

Quant à la question de l’éducation, du bien-être de l’enfant, on sait qu’aucune étude n’a jamais montré l’existence de troubles psychologiques liés au fait d’être élevé au sein d’une famille homoparentale. Pourtant, les clichés, comme la bêtise, ont la vie dure :  « les enfants ne devraient pas subir le fait d’être élevés par des homosexuel(le)s », « les autres enfants vont se moquer d’eux à l’école », « ils n’auront plus de repères et ne parviendront pas à se définir sans l’altérité des sexes », etc. Bref, les opposants à l’égalité des droits considèrent non seulement que les homosexuel(le)s dans leur désir d’enfants sont des monstres, mais aussi que les enfants élevés par ces couples vont fatalement devenir des monstres. Là encore, on pourrait leur rétorquer que de très nombreux couples hétérosexuels, dans leurs dysfonctionnements, détruisent psychologiquement des enfants, ou leur transmettent leur mal-être, qu’ils transmettront sans doute à leur tour à leur progéniture. On pourrait de même leur faire remarquer que si des enfants d’homosexuel(le)s sont moqués à l’école, c’est bien à cause des parents hétérosexuels des autres enfants, qui les montrent du doigt, enseignent à leur enfants la haine de leurs petits camarades, qui ne sont « pas comme eux ».

L’homosexualité n’est pas un choix de vie ; l’homophobie, par contre, en est clairement un. La première ne se transmet pas aux enfants (puisque l’immense majorité des homosexuel(le)s proviennent de couples hétérosexuels, qu’on ne l’oublie pas…), la seconde, si. On transmet la haine de l’autre, que ce soit le racisme, l’antisémitisme, l’homophobie, etc. comme on transmet n’importe quel principe moral. Les problèmes que peuvent rencontrer les enfants élevés par des couples homosexuel(le)s – qui, peut-être plus que tout autre couple, les ont désiré par un véritable amour puisque la biologie leur refuse, viennent avant tout de l’homophobie ambiante, de la malveillance de celles et ceux qui refusent de les considérer comme leurs égaux. Il n’y a pas à chercher le problème plus loin. Que les véritables coupables et autres moralisateurs de pacotille se regardent dans un miroir…

Parions tristement que le « débat » va gagner en intensité, va devenir de plus en plus éprouvant pour les homosexuel(les), leurs familles, leurs enfants, leurs amis. C. Boutin, telle l’inquisitrice honteuse qu’elle a toujours été, appelle presque à une croisade pour écraser cette « hérésie » qui, selon elle, ménace la société. Ses collègues de la droite, et même parfois de la gauche, vomissent chaque jour le même genre de messages venimeux. Twitter, Facebook, Internet, la télévision, débordent de propos d’une rare violence qui stigmatisent un peu plus chaque jour des millions de personnes. Les témoignages d’homos, ou d’enfants d’homos, traumatisés par la démonstration de dimanche et ses suites n’en finissent plus d’apparaitre. La société française gardera pendant longtemps les traces de cette propagation de la haine et du rejet envers toute une partie d’elle-même. On pourra juger plus tard de la responsabilité de chacun, et même du gouvernement qui, bien que porteur du projet, a trop laissé trainer les choses, n’a jamais assumé pleinement cette réforme et a laissé s’installer ce climat délétère, avec la complicité des médias qui n’attendent plus aujourd’hui que les premiers drames…

Au milieu de ça, de ce marasme, de tous ces excès, il faut donc garder espoir et regarder ce qui est beau pour combattre ceux qui cherchent à le détruire. Quand on cherche à retrouver un peu son souffle, on trouve finalement partout des raisons d’espérer. J’ai trouvé pour ma part cette vidéo d’une audition de la commission des lois de l’Assemblée nationale, qui laisse la parole à un « enfant d’homos ». Ce sont toujours les discours les plus simples qui sont les plus porteurs d’espérance, de beauté, d’amour. C’est ce qu’on voit ici : un jeune homme bien dans sa peau, souriant, qui s’exprime de manière claire, et qui explique devant les parlementaires son enfance heureuse, avec ses deux mamans. Il y évoque certes des problèmes rencontrés, mais qui au fond correspondent à ce que j’ai décrit plus haut, à savoir le regard des autres. Mais surtout, on peut y voir une chose plus importante que toute autre : plutôt que de la haine, ici, dans sa famille, c’est de l’amour qui lui a été transmis.

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La Manif pour tous et les médias de la haine

C’était dimanche, le 13 janvier 2013. Comme une très mauvaise plaisanterie, d’une rare cruauté, qui aurait pris des proportions inimaginables, des dizaines de milliers de personnes ont défilé dans les rues de Paris contre l’égalité des droits entre couples hétérosexuels et couples homosexuels. Cet évènement va tristement faire date au moins pour trois raisons :

1. Il s’agissait d’une manifestation surréaliste dans son mot d’ordre, « défendre la famille, fondement de la société ». Et la défendre contre quoi ? Contre les prétentions des personnes homosexuelles souhaitant simplement obtenir le statut de citoyen français à part entière, complets dans leurs droits, pouvant se marier et adopter comme tous les autres couples. Dans ce cortège, d’autres personnes, religieuses, avançaient même, le sourire béat aux lèvres, qu’il s’agissait de « défendre la vie ». Comme si l’homosexualité et les familles homoparentales, qui existent déjà, étaient synonymes de mort, de destruction de la « famille traditionnelle » (entendons « famille stéréotype », une image éculée, même si cela n’apparait jamais clairement dans leur discours), ou même de la civilisation…

2. Il s’agissait d’une manifestation cruelle dans son déroulement : à part les mines grises, austères, voire effrayantes du cortège des intégristes de Civitas, on a pu voir des personnes joviales, souriantes, avec leurs enfants, main dans la main… pour réclamer le maintien du statut de sous-citoyens de toute une partie de leurs compatriotes. Le discours était déjà d’une violence inouïe envers les homosexuels ; il était en plus prononcé dans la joie et la bonne humeur, sous la houlette de son instigatrice, de cette imposture incarnée dont je ne citerai même pas le nom tant on l’a déjà trop entendu. Rarement on a vu la haine s’enrober à ce point de sucre et de guimauve (rose!) pour tenter de se dissimuler. Rarement une telle hypocrisie, qui a même été jusqu’à instrumentaliser des enfants, aura mobilisé autant de monde…

3. Il s’agissait d’une manifestation hyper-médiatisée. Le comble aura été que cette médiatisation s’est faite en très grande partie sous le « contrôle » des organisateurs, qui interdisaient aux manifestants de parler librement aux journalistes (et donc d’exprimer clairement leur homophobie), qui délivraient leurs propres images aux médias, ces derniers n’y voyant rien à redire du moment qu’ils avaient du contenu à proposer aux téléspectateurs. Itélé et BFMTV sont devenus, sciemment, les complices d’une communication verrouillée, d’une idéologie haineuse qui aura eu à sa disposition toute une journée d’audience pour distiller son poison. C’est peu dire, ces deux chaines ont même été jusqu’à adopter le logo et les couleurs de la manifestation dans leurs bandeaux et sur leur site internet ! Sur Itélé, T. Fréret, présentateur météo, va même jusqu’à dire, avec son plus beau sourire d’idiot, deux jours avant : « Il fera plus froid dimanche donc on ressortira les doudounes et les écharpes pour la grande manifestation parisienne ! ». Impardonnables…

Je ne reviendrai pas sur l’analyse du fond de cette manifestation, qui bien entendu n’a été que l’expression d’une homophobie honteuse qui n’admet pas qu’on la confronte. Les « je ne suis pas homophobe, j’ai des amis homosexuels, MAIS… » ont défilé dimanche, et ont bel et bien scandé l’homophobie la plus claire qui soit. Qu’on remplace au sein de leurs discours le mot « homosexuels » par « noirs », « arabes », « musulmans », ou « juifs », et on ressentira l’étrange malaise d’écouter des discours ouvertement racistes, islamophobes ou antisémites. Réfuser l’égalité de droits entre homosexuels et hétérosexuels, et donc prôner la supériorité de l’hétérosexualité sur l’homosexualité, c’est de l’homophobie, comme il s’agit de racisme ou de sexisme quand on prône la supériorité d’une « race » ou d’un sexe sur l’autre et l’inégalité des droits qui en découle. Ce n’est pas plus compliqué et prétendre défendre les enfants, pour en fait les prendre en otage et les faire passer pour des « imbéciles » sans défense, incapables de comprendre d’où ils viennent, de comprendre le monde qui les entoure, n’y change rien. Le 13 janvier a été la journée de la haine, relayée en continu sur les chaines d’information.

C’est sur ce point qu’il faut dire quelques mots, sur la responsabilité des médias dans la montée fulgurante de l’homophobie en cette période qui aurait dû être une joie pour une nation qui, par l’oeuvre de ses représentants, va enfin mettre un terme à l’une des discriminations les plus anciennes qui soit, terrible reliquat d’un temps obscur qui souille encore le pays des Lumières. En effet, comment ne pas voir que « celle » que j’ai décidé de ne pas citer n’existerait pas si les médias ne s’étaient pas rués vers elle, pour diffuser ses messages débilitants et hypocrites ne pouvant qu’amener le conflit et le trouble au sein d’une opinion qui s’était déjà déclarée majoritairement favorable pour l’égalité des droits ? Comment ne pas tenir en grande partie responsables les journalistes qui ne cherchent rien d’autres que de « créer de l’information » comme le suggère F. Aubenas dans l’essai qu’elle a coécrit avec M. Benasayag, La fabrication de l’information ? Comment ne pas voir que ces mêmes journalistes, surtout dans l’audiovisuel, cherchent par tous les moyens à faire « commerce » de cette haine qui se développe et s’incarne dans un débat biaisé, comme l’énonçait P. Bourdieu avec la plus grande clarté (Sur la télévision) ?

On ne se méprend plus vraiment aujourd’hui sur la confusion des genres qui agite les grands groupes de presse, qui sont aux mains d’industriels qui, s’ils ne cherchent pas à infléchir la ligne éditoriale (ce qui semble plutôt rare…) cherchent à faire du profit. Il n’y a pas meilleure recette que le conflit pour vendre du papier ou du temps de cerveau disponible. Attiser la haine en lui laissant la parole toute une journée aura été le choix de Itélé et BFMTV. Alors que la Gay Pride, les manifestations sur les retraites et autres réformes « sociales » réunissent au moins trois fois plus de personnes, elles n’ont droit qu’à quelques minutes et peut-être un léger débat de « spécialistes » les jours où elles ont lieu. Pourquoi réserver toute une journée à la « Manif pour tous », en cherchant à s’auréoler d’une objectivité de façade avec l’organisation de quelques joutes entre personnes incapables de s’entendre ? Pourquoi avoir relayé en continu, sans les commenter ou les confronter, les messages d’homophobie déguisée (parfois à peine) des manifestants ? La réponse est simple : une discrimination millénaire est sur le point de tomber, des rétrogrades surgissent pour s’offusquer et refuser que les « déviants » soient considérés par la loi comme des citoyens ordinaires. La scène se met en place… et il faut que ce soit la guerre !

L’Eglise, en perte de vitesse constante depuis des décennies, s’est engouffrée dans la brèche, suivie des autres religions qui cherchent à s’autoproclamer garantes de l’avenir de l’Humanité. Terrible retour en arrière d’entendre ces différentes confessions affirmer qu’il ne s’agit même plus du salut de nos âmes, mais du salut du genre humain ! Ah, l’exagération, la mère de toutes les inepties ! Les médias en redemandent de ce genre de discours. Peu importe si des millions d’homosexuels, ainsi que leurs enfants, s’en prennent plein la figure, se voient insulter publiquement, et se retrouvent pour certains meurtris au plus profond de leur être. De toute façon la loi sera très vraisemblablement votée, pourquoi viendraient-ils se plaindre qu’on laisse, voire qu’on encourage, la parole libre aux homophobes ? C’est la liberté d’informer, bon sang ! Et même, si en plus on pouvait avoir quelques suicides, ou quelques agressions meurtrières, ce serait l’apothéose ! « Une loi qui divise les français », « Une loi adoptée dans le deuil », voilà des titres vendeurs, visionnaires. Gageons qu’ils étaient déjà dans les cartons depuis mai 2012…

Dans ce monde moderne, une opinion n’existe dans la sphère publique que si elle est véhiculée par les grands médias. Les journalistes font donc le choix de ce qui mérite d’être connu, ils sont les « metteurs en scène de l’information » comme on l’entend aujourd’hui classiquement en sociologie de la communication. Mais comme le disait Bourdieu,  l’objectif d’informer ne peut dissimuler l’objectif commercial. Il faut vendre, et pour faire vendre, il faut du scandale, de l’excès, des images chocs… voire de la haine et de l’horreur. La fascination du mal n’épargne pas les « élites » du système médiatique, ces êtres froids et dénués d’émotion, coupés du réel, qui vivent dans leur monde fantomatique. Au contraire, elle est en quelque sorte leur fonds de commerce. C’est pour ça qu’ils sont tentés de l’encourager, de laisser les mensonges et les approximations s’installer, d’encourager des dialogues de sourds qui se termineront dans l’outrage et l’exacerbation des passions. La raison pèse peu dans les spectacles médiatiques. Pour ainsi dire, « elle ne vaut rien ».

Il ne s’agit pas d’interdire le débat, même si on voit mal sur quoi il pourrait porter, à part sur des sujets périphériques et qui concernent tous les couples, comme la PMA ou la GPA. Il s’agit de réfléchir sur la dérive à laquelle on a assisté, interdits, le 13 janvier ; de cet engouement « journalistique » pour une manifestation clairement homophobe qu’on a fait passer pour un raz-de-marée d’opposants « pacifiques » au « mariage gay ». Une manifestation qui a pu se tenir et réussir uniquement parce qu’elle a oeuvré pour obtenir toute l’attention de médias avides de sensationnalisme et peu regardant sur la réalité des faits. Des errements dans le vocabulaire, des mensonges non-contredits et une surenchère d’images conditionnées par les organisateurs peuvent faire basculer l’opinion et amener une tension sociale qui n’aurait pas eu lieu sans l’exacerbation des passions au détriment de la raison. Mais c’est sans doute ce qui est espéré, au fond. Espérons simplement que de l’autre côté, la manifestation du 27 janvier en faveur du mariage pour tous sera l’occasion pour ces médias de faire leur mea culpa, de calmer leurs ardeurs à induire le conflit et la division et de rester dans leur rôle d’informer, sans promouvoir.

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L’homophobie et le pouvoir des mots

Il y a un domaine qui divise depuis toujours la « communauté » LGBT, et surtout le monde militant LGBT : c’est celui de la sémantique. Souvent passé à la trappe après une brève discussion stérile, le choix des mots dans les tracts, les slogans, ou tout simplement, pour se qualifier soi-même est pourtant, à mon sens fondamental. Il l’est d’autant plus que nous sommes obligés de trouver des termes pour nous définir en opposition au très Saint Modèle de référence, un modèle qui n’a pas à avoir de nom autre que « normalité » puisqu’il est, par essence, LA norme sociale, en matière de genre et de sexualité, qui définit tout le reste par le jeu de l’opposition : l’homme blanc hétérosexuel. A cela s’oppose toute une série d’autres catégories, les femmes, les personnes de couleur, les LGBT. Et, chose étonnante (faussement en vérité), il ne semble pas exister d’insultes pour dénigrer l’homme blanc hétérosexuel. Il faudrait peut-être, au nom du principe d’égalité, en inventer quelques unes pour le remettre à sa place, à savoir un individu parmi d’autres. Mais ce n’est pas le débat. Concernant par contre toutes les autres catégories de personnes, les termes insultants sont pléthore. Pédé, enculé, fiotte, gouine, camionneuse, négro, bougnoule, niakoué, etc.

Le vaste problème concerne l’emploi de ces termes, et la tentative de réappropriation par les « communautés » elles-mêmes pour tenter d’en conjurer le sens. C’est ici que nous sommes divisés. Les gays qui s’appellent allégrement « pédés », les lesbiennes qui s’approprient le terme « gouine », les noirs qui se nomment entre eux « négros »… Quel est le sens de cette réappropriation ? Quelle est son efficacité réelle ? Je ne suis pas certain que nous traitant nous-mêmes de « pédés » nous allons mettre un terme à l’homophobie. Au contraire, j’aurais plutôt tendance à comprendre cette utilisation du mot comme une forme d’homophobie interiorisée, qu’on préfère s’infliger à nous-mêmes par prévention plutôt qu’une autre personne, hétéro, nous l’inflige. Comme une sorte de vaccin finalement. « Sale pédé ! » ; « Ouais, je suis pédé, et alors ? » Le but, la neutralisation de la violence du terme est-il atteint ? J’en doute très fortement.

Ce n’est pas le sentiment de nombreuses nouvelles associations, qui ne se revendiquent plus LGBT, mais TPG : Trans, Pédés, Gouines (d’ailleurs, où sont passés les bisexuels dans cette nouvelle dénomination ?…). On pourrait penser à un effet de mode, mais c’est bien plutôt une nouvelle forme de combat, de sémantique violente et guerrière qui est employée, qui a pour but de choquer, pour contrer une LGBTphobie mortifère qui n’a pas vraiment diminué en intensité depuis ces 20 dernières années, contrairement à ce qu’on laisse croire en proclamant nonchalamment que « l’homosexualité est aujourd’hui acceptée ». Rien n’est plus faux. A Paris c’est déjà encore délicat d’être « différent ». En province, n’esperez même pas vivre tranquille plus d’une semaine en vivant votre « différence » en pleine lumière (sauf peut-être quelques rares exceptions, quelques rares paradis perdus, mais je n’en connais pas personnellement…). Alors, comme rien n’a vraiment changé et que le fond du problème semble venir de politiques militantes lénifiantes et fébriles, le radicalisme gagne du terrain, et à la violence des actions vient se greffer la violence du vocabulaire. C’est l’exaspération qui pousse à l’excès, au risque donc de confondre action excessive avec action efficace, et comme le disait Talleyrand, « tout ce qui est excessif est insignifiant ». Aujourd’hui, donc, on ne cherche plus à éduquer, on cherche à imposer. Plutôt que de se demander si les moyens mis en oeuvre pour éduquer ont été les bons pendant des années, on balaye cette idée d’un revers de la main, on enfile son treillis rose et on part (essayer de) casser la gueule aux homophobes en tant que TPG.

C’est oublier un peu vite que le terme « pédé », qu’on entend tout le temps et (surtout dans le Marais), dans la bouche d’un hétéro homophobe aura toujours le même sens qu’il a eu jusqu’à présent : un pédéraste, un potentiel pédophile. Un déviant de la norme, mais un déviant dangereux. En quoi le fait, pour les homos, de se qualifier eux-mêmes de déviants dangereux (pour les enfants) permet de faire avancer le débat ? Est-ce que cela permet d’être mieux accepté ? Pas sûr… « Oui tu as gagné, je suis un pédé. On est ami maintenant ? ». Mouais… Chaque mot a un sens qui lui est propre, qui exprime une idée. C’est le rôle du langage. Comme le mot « enculé » par exemple. En quoi la pratique sexuelle de quelqu’un a-t-elle quelque chose à voir avec le fait qu’il soit un sale con ? Même si tout le monde peut se faire « enculer » (homme ou femme) c’est bien la sodomie entre hommes, péjorative, qui est employée pour insulter. Employer cette insulte est donc, aussi, une expression de l’homophobie. Ainsi, le terme « pédé », pour y revenir, aura toujours le même sens, qu’il soit utilisé par n’importe qui. Pour moi, le fait que ce mot, parmi d’autres, soit utilisé par les homos pour se qualifier est plus le signe d’un renoncement que le signe d’une volonté de combattre. Se qualifier par une insulte, c’est s’insulter soi-même. Sous couvert de révolte, c’est tout simplement renoncer à trouver un autre terme et l’imposer de l’autre côté, du côté des homophobes. Ou, plus simplement, on pourrait systématiquement porter plainte, manifester et ne pas se laisser faire dès qu’on nous inflige cette dénomination. Le Code pénal punit toute insulte, sans exception, et de manière renforcée lorsqu’elle est discrimante.

Alors qu’on ne se leurre pas : en nous appelant nous-mêmes « pédés », on n’a pas retiré aux homophobes leur insulte fétiche.  Au contraire, on leur facilite la tâche en nous l’infligeant automatiquement. Et il leur en reste de nombreuses autres à utiliser…

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