Parler et agir

Quelques fois, il est regrettable de prendre de la hauteur. Quand on sort des préoccupations ordinaires tournant autour de notre plaisir immédiat, de nos parties génitales ou de notre portefeuille, et qu’on s’intéresse à un enjeu beaucoup plus grand, l’aigreur et le dégoût guettent. Etant branché presque en permanence sur les médias, comme tout « jeune » de la génération Y (ou 2.0 pour les technos), que peut-on voir : les massacres en Syrie et la montée de l’islamisme radical au Moyen-Orient et dans le Maghreb, la montée du populisme en Europe, la crise qui enrichit certains pendant que la majorité  des autres s’appauvrissent, les sources de la connaissance délaissées pour les sources du « buzz » et du spectacle, l’écosystème de la planète entière qui est proche d’un changement brutal et irréversible…

Il y a deux manières au moins d’appréhender les informations aujourd’hui : soit être blasé, genre « j’ai déjà tout vu et tout compris, et au final je m’en fous, j’ai ma petite vie qui me convient », soit ressentir les choses d’une manière presque viscérale, au point de s’enfermer dans une perpétuelle inquiétude et une condamnation sans appel d’une espèce qui ne parvient pas à dépasser le stade destructeur de l’adolescence. Difficile, dans ce cas, de ne pas considérer l’humanité comme une sorte de moisissure qui s’est étendue sur presque toute la surface du globe, au point de l’étouffer et de s’étouffer elle-même. Un mépris désagréable, que la logique pousse d’ailleurs à s’appliquer à soi-même…

Certes, le juste milieux doit exister, à savoir se sentir concerné par les grands problèmes de société et essayer d’agir, sans se laisser pour autant absorber par eux. A l’expérience, j’ai constaté que cet équilibre est pourtant peu répandu : les personnes se sentant réellement concernées par la situation générale, et qui donc agissent, ne seraient-ce qu’en participant à une association sans pour autant oublier leur vie privée, sont au final très rares. L’immense majorité passe son temps à parler, souvent pour se répéter ou ne rien dire d’intéressant, à s’offusquer faussement de la chute de la civilisation mais s’en contentant du moment que les plaisirs de l’immédiat restent accessibles. Bref, parler, chercher le bon mot pour faire son buzz sur Twitter, nouveau socle de l’existence, est devenu la règle. Agir ? Laissons les autres le faire, « j’ai restau puis ciné ».

Ce qui est acté, c’est qu’on commence vraiment à agir uniquement lorsque notre situation personnelle est atteinte, c’est-à-dire lorsque l’espace de notre égoïsme commence à être menacé de dissolution. Ainsi sont nées les révolutions à travers les siècles, jusqu’en Tunisie, Egypte, etc. La majorité de la population étant touchée par la misère et la violence de la répression, les discussions ont été remplacés par l’action et le renversement du gouvernement. C’est donc une réalité presque immuable : il n’y a qu’en étant au coeur de la crise qu’on ressent le besoin d’agir… afin d’améliorer notre situation personnelle ou retrouver un niveau acceptable. Au final, on peut se demander si ce ne sont pas toujours nos sentiments égoïstes qui nous poussent, soit à conserver nos vies si tranquilles pendant que les autres meurent, soit à lutter pour retrouver un semblant de confort et de plaisir. Comme me le disait récemment un vieux militant : « je ne crois pas en l’altruisme, tout se ramène toujours à une histoire d’égo. Mère Teresa qui a passé sa vie à aider les miséreux ? Ce n’est pas par altruisme ou pour satisfaire Dieu, c’était parce que cela la faisait bander, qu’elle prenait son pied à se sentir utile ».

L’égo est-il un concept dépassable, finalement ? Il serait bon de connaitre la réponse rapidement, avant qu’il ne soit trop tard…

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